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DE SAINTE EUPHEMIE A SAINT OFFENGE

              Le nom de SAINT OFFENGE est le résultat d'une ancienne erreur toponymique. Il évoque un saint homme, qui n'a jamais existé, alors que le vrai nom est SAINTE EUPHEMIE.

             Les plus anciennes mentions sont claires :

             en 1213 :

             SANCTA EUPHEMIA INFERIOR

             SANCTA EUPHEMIA SUPERIOR

             Dans le français du moyen âge, OFFENGE est la forme populaire d' EUPHEMIE. Les gens, qui ne comprenaient plus le sens initial, en ont fait un nom masculin et inventé un saint, pour les besoins de la cause. Alors que l'appellation correcte devrait être SAINTE OFFENGE. Cette méprise date de loin, car en 1446 déjà, on cite l' ECCLESIA DE UTROQUE SANCTA OFFENGIA, « l'église des deux saint offenge ». Dans l'AIN et le GARD, des communes s'appellent SAINTE EUPHEMIE, alors qu'en Savoie, dans le chablais, un hameau de Lugrin est dénommé Saint Offenge.
          Qui était donc cette sainte Euphemie ?
             Le célèbre recueil de la vie des saints nous donne d'abondants détails sur cette vierge et martyre. Objet d'un culte fervent dans les églises d'orient, d'où il fut probablement apporté en Savoie par les croisés, Euphemie, dont le nom grec euphémos veut dire « bon augure », vivait à Chalcédoine, sur le Bosphore, au temps de l'empereur Dioclétien (264 à 313). Son père, Philopron et sa mère, Théodorose, l'avaient élevée dans la vertu et dans la foi chrétienne. A cette époque, où le paganisme est encore la religion officielle, on organise, des fêtes et des sacrifices en l'honneur du dieu Mars. Euphemie refuse d'y participer. Elle ne veut pas céder aux pressions et est arrêtée, elle est soumise à des supplices. Grâce à l'aide divine, elle sort miraculeusement indemne de tous ces tourments. C’est elle-même qui appelle la mort, pour rejoindre le Christ. Exhaussée, elle monte au ciel. Dans une des premières années du IVème siècle, au milieu d'un grand tremblement de terre, on bâtit, sur sa sépulture, une des plus grandes basiliques d'Asie Mineure, où se tiendra en 451, le concile oecuménique de Chalcédoine. Son corps embaumé distille des gouttes de sang, précieusement recueillies sur des éponges comme reliques. L’empereur fait transporter son corps à Constantinople où il est l'objet d'une vénération universelle.
 

             SUR LES TRACES DU PASSE

             Des hommes préhistoriques occupent la basse Savoie, après la fonte des grands glaciers du quaternaire, surtout à l'ère de la pierre polie ou néolithique 12 000 à 3000 ans avant j. C..
             Les populations que l'on appelait autrefois ligures et maintenant pré-celtes donnent des appellations à l'environnement géographique.
             Nous retrouvons à Saint Offenge des noms tels que : CORNAT ; NANTETS ; SIER (Sierroz) ou TURRES dont l'origine est celtique.
             Alors...
             Pourquoi ne pas imaginer que des hommes préhistoriques occupaient déjà Saint Offenge.
             Les allobroges, peuple celtique de l'âge de fer (-725 à—120 environ avant J.C), occupent assez densément l'Albanais.
             Les environs immédiats de Saint Offenge ont livré des objets archéologiques tels que colliers, bracelets et ornements datant du VIème siècle avant notre ère, au cimetière du Mollard à Gruffy ainsi que des monnaies celtiques à Alby.
             A cette époque le climat plus froid que le notre, favorisait l'épaisse forêt qui recouvrait notre région et que les hommes défrichaient en clairières cultivées.
             Du premier siècle avant J.C. jusqu'aux grandes invasions, durant un demi millénaire les temps gallo-romain sont un véritable âge d'or dont la prospérité est à son comble aux IIème et IIIème siècles. Un climat chaud et humide très favorable à l'agriculture fait progresser rapidement le défrichement des riches terres de l'albanais.
             Les romains se mêlent aux allobroges qui adoptent peu à peu leur langue et leur genre de vie. De grands domaines ruraux, les villae, naissent et le nom de leurs propriétaires survit dans les villages qui leur succèdent.
             La cité (province) de Genève est divisée en quatre circonscriptions : les PAGI, et l'une des plus floris-santes est le Pagus Albanais. C'est un terroir intensément romanisé autour de ses centres urbains de BOU-TAE (Annecy), ALBINNUM (Albens), AQUAE (Aix Les Bains), avec un semis de villae.
 
             Le secteur de Saint Offenge a été utilisé par les Romains, mais sans posséder de villae importantes. A la périphérie de l'Albanais, il devait servir de zone de forêts et de pâturage, faisant transition avec la montagne. On y voyait de petites maisons rurales : les chavannes, des chaumières : capanna.
 

             VOIE ROMAINE

             « Bella Via et Bona Via » (belle et bonne route) est le nom qui a été donné sans doute au Moyen Age, à l’ancienne et solide Voie Romaine qui reliait l’Albanais aux Bauges, et dont une partie est encore visible aux Guers.
 
             OCCUPATION GALLO-ROMAINE
 
             Ont été mis au jour à Saint Offenge :
             - à la Fin du XIXème siècle
             - Une tombe sous tuiles
             - Le cercueil en briques contenait un « verre » en cuivre renfermant cinq pièces de monnaie dont l'une portait l'effigie de César Auguste (les monnaies ont été réparties entre les ouvriers).
 
             - à la fin du XVIIème siècle
             - Un trésor monétaire de 22 titres de monnaie de GALIEN SOLOMINES, postum, Claude II, a également été mis au jour dans les environs du château de la Bathie D'Albanais (Saint Offenge Dessous/Le Montcel)
             Ces découvertes témoignent de l'occupation gallo-romaine de la région.
             Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, un habitat gallo-romain a été mis à jour à Saint Ours. Ce lieu est appelé depuis CAMP ROMAIN.
 
             HISTOIRE
             A l'écart des deux chapelles primitives de Sainte Euphémie, lieu de dévotion et de pèlerinage, on construisit deux églises paroissiales qui changèrent de patron. Celle dite supérieure (Sainte Offenge Dessus) fut placée sous le vocable de Saint Pierre aux liens, patron du diocèse de Genève, et l'inférieure, fut mise sous l'invocation de la Nativité de la Sainte Vierge, dont le culte se répand dans toute l'Europe à partir du XIIIème siècle.
             En 1871, dans sa notice sur la Bathie de l'Albanais, l'Abbé E. Dufourd écrit : « L'église de Saint Offenge Dessus, son presbytère et son jardin, ainsi que ceux de Saint Offenge Dessous paraissent occuper encore leur emplacement primitif ; mais l'Eglise de cette dernière paroisse était anciennement, à ce que l'on croît, à cinq cents mètres plus bas, derrière le village de La Plaisse, où des vieillards décédés il y a quelques années avaient vu les restes d'une ancienne chapelle. »
 
             DEMARRAGE DU MOYEN AGE 
             Commencé vers l'an 800, un réchauffement climatique, qui se poursuit jusque vers 1150, est coupé d'une récession, suivie d'une amélioration de 1350 à 1540 environ. Il s'accompagne d'une forte expansion démographique et d'une poussée de défrichements.
             La christianisation, qui s'était développée dans les zones romanisées, du IIème au IVème siècle, connaît un regain médiéval, dans les régions nouvellement déboisées et les préalpes.
             De nouvelles paroisses naissent, portant les noms des saints et des saintes qui les patronnent, les établissements religieux qui se multiplient également, jouent un grand rôle en installant des paysans sur leurs domaines.
             Le premier noyau de colonisation a été Le Montcel où, sur un site probablement Gallo Romain, Monticellium, la colline, s'établit à la fin du XIème siècle ou au début du XIIème siècle, une maison de moines bénédictins, venus du prieuré de Saint Robert sous Cornillon, près de Grenoble.
             Les bénédictins fondent des chapelles rurales, autour desquelles se groupent des habitants, c'est le cas au Montcel, des hameaux de la chapelle Saint Georges, des deux Sainte Euphémie (Saint Offenge) et de Saint Ours. Ces créations remontent vraisemblablement au début du XIIIème siècle, car on sait qu'avant 1250, la grande abbaye bénédictine d'Ainay, près de Lyon, avait déjà des bénéfices aux Saint Offenge et à Saint Ours.
             C'est à cette période de la fin du Moyen Age et du XVIème siècle, que s'achève la mise en place du peuplement, elle est le fait d'individus qui créent des exploitations agricoles isolées, portant leur nom de famille qui deviendront des hameaux.             
             Ce type d'habitant est typique de l'avant pays Savoyard, avec ses dénominations en Chez, de Casa, la maison et dans notre région, en Les.
 
             LE REGIME A SAINT OFFENGE
             A la fin du XIème et au début du XIIème siècle, notre contrée est évangélisée et défrichée par des moines bénédictins venus du prieuré de Saint Robert sous Cornillon, près de Grenoble. Les chapelles rura-les des religieux sont, vers 1250, à l'origine des églises et des paroisses du Montcel, de Saint Ours et des deux Saint Offenge. Le prieuré du Montcel entre en décadence dès le XVème siècle et des droits féodaux passeront ensuite à l'évêché et aux Jésuites de Chambéry.
 
             Parallèlement apparaissent des familles de seigneurs locaux dont on sait peu de choses. On trouve ainsi mention, entre 1279 et 1420, des de LOËS (LOËX) du nom d'une très ancienne maison-forte, aujourd'hui disparue, située sur le territoire de Saint Offenge Dessus.
             Notre secteur est situé à un point névralgique, au contact de deux états : le Comté de Savoie et le Comté de Genève. D'Annecy à la Chautagne, la frontière est défendue par une série de châteaux et de maison-fortes, à Viuz, Gruffy, Cusy, Saint Offenge Dessus (Loëx), Grésy, Saint Innocent, Sallière, Cessons, La Biolle. Au gré de leurs luttes ou de leurs rapprochements, les Savoie et les Genève se disputent ces places qui changent de possesseurs, ce qui rend leur histoire complexe.
             Le point fort du système est, au Montcel, le puissant château de la Bathie d'Albanais (Bastita : « La Bastille »). Il est au centre du fief de la Bathie d'Albanais qui comprend les paroisses et terres de la Bathie, Leschaud-Arnaud, Le Montcel, les deux Saint Offenge, l'Oye (Loëx) et Saint Ours.
             A la fin du XIIIème siècle, le comte de Genève (ou de Genevois, comme on dit alors) Amédée II et le Dauphin Humbert II attaquent le Comte de Savoie Amédée V. Les Savoyards ont le dessus et, au traité d'Annemasse, en novembre 1287, le comte de Savoie garde le château de Cessons et obtient l'hommage pour celui de la Bathie qui reste dans les mains d'Amédée II.
             Les de La Bathie, ne garderont que la fonction de métrai, office du bailli commandant de la milice.
             Saint Offenge et ses alentours, à cause de ce rôle stratégique, resteront toujours aux mains de puis-santes lignées de l'ancienne noblesse d'épée.
 

LES CLERMONT

LES MONTFALCON DU CENGLE

             La prolifique lignée des Clermont se divise en quatre branches. Les trois premières deviennent françaises après l'acquisition du Dauphiné par le roi de France, en 1349. L'une d'elles, les Clermont Tonnerre, va tenir le haut du pavé dans le royaume par ses très nombreux hommes de guerre, magistrats et prélats et elle figure toujours au premier rang de l'aristocratie actuelle.
             A Saint Offenge Dessous, les d'Orlier avaient gardé le château qui passa par héritage, à une lignée elle aussi fort à son aise, les Montfalcon du Cengle qui possédaient leur sépulture familiale dans l'église paroissiale, en la chapelle de Saint Michel et Sainte Barbe. Saint Offenge Dessus, n'avait qu'un seul seigneur, le marquis de Clermont Saint Jean qui percevait des droits.
             Joseph De Clermont mourut à Vichy, en 1827. Son dernier descendant s'éteignit en 1868, sans posté-rité masculine et les biens des Clermont savoyards passèrent à la branche française des Clermont Tonnerre.
             Le château de Saint Offenge Dessous, vendu lui aussi sous la révolution, parvint aux propriétaires actuels par la famille Usannaz Joris.
             La révolution avait tourné la dernière page de huit siècles de régime -féo-dal à Saint Offenge.
 

LES NOMS DES HABITANTS

             Si aujourd'hui les habitants de nos deux villages s'appellent tout simplement les « SAINT OFFENGEOIS », nous avons conservé les noms patois de :
            
              - CABROS pour Saint Offenge Dessous
             - PICABROS pour Saint Offenge Dessus
 
             Sous la révolution on les appelait les...
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